Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, des milliers de familles cherchent à se retrouver sous le même toit en Espagne, espérant donner à leurs proches un nouveau départ, légal et stable. Derrière les statistiques, il y a l’attente, la paperasse, parfois l’inquiétude. Mais aussi, pour beaucoup, une vraie chance de bâtir ensemble un avenir différent. Le terme à retenir ici : réunification familiale. C’est la clé qui peut, étape après étape, permettre à vos proches de vous rejoindre légalement. Voici ce qu’il faut savoir pour franchir ces étapes sans faux pas.
Qu’est-ce que la réunification familiale ?
La réunification familiale s’adresse aux étrangers non européens déjà installés en Espagne, titulaires d’un permis de séjour renouvelé, désireux de faire venir certains membres de leur famille. Cette démarche ne s’ouvre qu’après une année complète de résidence légale et le renouvellement du permis initial. Avant cela, inutile de tenter une demande, il n’y aura pas de passe-droit.
Autre condition incontournable : démontrer que la personne à regrouper dépend réellement de vous sur le plan financier. Les preuves de soutien économique seront scrutées de près, point que nous creuserons un peu plus loin.
Mais qui peut-on vraiment faire venir ? Beaucoup se posent la question. Et la réponse, sans détour : seuls certains membres de la famille sont concernés.
Le regroupement familial en Espagne ne concerne que :
- Les parents ou beaux-parents (ascendants)
- Les enfants ou les enfants de votre partenaire (descendants)
- Votre conjoint ou partenaire de vie
Comment procéder concrètement ?
Les grandes lignes restent identiques d’un dossier à l’autre, seules les exigences changent selon le lien familial. Passons en revue les cas les plus fréquents.
Regrouper ses enfants : quelles limites ?
La réunification ne s’applique qu’aux enfants de moins de 18 ans. Exception : pour les familles relevant du régime communautaire, la limite monte à 21 ans, à condition que l’enfant poursuive des études (certificat à l’appui) et qu’il soit financièrement dépendant. Un emploi stable de leur côté ferme la porte à la procédure.
Seule une situation de handicap lourd, reconnue officiellement, permet de dépasser les 21 ans. Quant aux petits-enfants, ils ne sont pas concernés par cette démarche classique.
Pour prouver la filiation, il faudra présenter l’acte de naissance de l’enfant lors du dépôt du dossier. Côté dépendance économique, des transferts d’argent réguliers au fil des années constitueront la meilleure preuve.
Regrouper son conjoint ou partenaire
L’article 53.b du Règlement des étrangers autorise à faire venir son époux, son épouse ou son partenaire enregistré, qu’il s’agisse d’une union hétérosexuelle ou de même sexe. Les partenaires de fait sont aussi concernés, dès lors que la relation est reconnue officiellement.
Le point principal : fournir le certificat de mariage ou l’attestation d’enregistrement du partenariat. Impossible de contourner cette exigence. Il faut également s’assurer qu’aucun des deux membres n’est déjà marié ailleurs.
Pour éviter toute suspicion de mariage de complaisance, il est recommandé de joindre un certificat de cohabitation ou un bail signé par les deux partenaires.
Regrouper ses parents ou beaux-parents : une procédure exigeante
Faire venir ses parents ou ceux de son conjoint est souvent la démarche la plus complexe. Les conditions sont strictes : il faut que les ascendants aient plus de 65 ans, qu’ils dépendent financièrement du demandeur et que des raisons sérieuses justifient leur venue (besoin de soins, isolement…)
Les preuves de transferts réguliers d’argent ou la prise en charge de dépenses majeures seront demandées. Autre critère : détenir une carte de séjour longue durée (au moins 5 ans de résidence en Espagne).
Les documents à fournir : l’acte de naissance pour prouver le lien de parenté, ou, pour les beaux-parents, le certificat de mariage et l’acte de naissance du conjoint.
Et pour les frères et sœurs ?
La réunification familiale classique ne permet pas de faire venir un frère ou une sœur. Pour ces cas, il faut se tourner vers la procédure spécifique de regroupement familial communautaire par famille élargie. Cette démarche peut aussi concerner les neveux, petits-enfants, grands-parents et frères et sœurs, à condition de remplir des critères particuliers.
Regroupement familial pour les citoyens européens
Lorsque la personne qui souhaite regrouper sa famille possède la nationalité européenne, c’est la procédure dite de réunification familiale communautaire qui s’applique. Attention, il ne s’agit pas d’une simple déclinaison de la procédure des étrangers. Le dossier est traité sous le régime communautaire, avec des règles et des droits spécifiques. Le terme « réunification communautaire » est souvent mal employé, mais la distinction est réelle.
Quels documents et conditions pour réussir le regroupement ?
Pour que la demande aboutisse, il ne suffit pas de cocher quelques cases. Il faut réunir un dossier solide, avec des justificatifs précis. Voici les principaux documents et critères à respecter :
- Certificat de casier judiciaire pour toute personne majeure à regrouper
- Passeport et carte de séjour du demandeur, plus passeport du membre de la famille concerné
- Rapport attestant que le logement est adapté et décent pour accueillir la famille
- Justificatifs de ressources financières suffisantes pour subvenir aux besoins des personnes regroupées
- Assurance maladie privée ou preuve d’affiliation à la sécurité sociale espagnole
Notez que les originaux ne sont pas requis lors du dépôt initial du dossier : des copies suffisent. Les originaux seront exigés par le consulat espagnol lors de la demande de visa dans le pays d’origine.
Comment prouver ses ressources financières ?
La solidité financière du demandeur est un critère clé. Pour chaque membre de la famille regroupé, il faut justifier d’un revenu équivalent ou supérieur à 150 % de l’IPREM. Si plusieurs membres rejoignent le foyer, il faudra ajouter 50 % supplémentaires par personne.
Les documents à fournir : un contrat de travail d’au moins un an (idéalement à durée indéterminée), les six dernières fiches de paie ou, pour les travailleurs indépendants, la dernière déclaration de revenus.
Délais : combien de temps faut-il compter ?
En moyenne, il faut compter autour de six mois pour finaliser la réunification familiale, du dépôt à l’arrivée en Espagne. Le calendrier varie selon la rapidité du bureau des étrangers à accorder un rendez-vous, mais aussi selon les délais de réponse du consulat pour le visa.
Voici les étapes principales : il faut d’abord obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer la demande officielle (formulaire EX-02 et pièces justificatives). L’administration dispose de trois mois pour répondre : sans nouvelle, la demande est considérée comme refusée.
En cas d’accord, le membre de la famille doit alors solliciter un visa auprès du consulat espagnol dans son pays d’origine. Le consulat a en principe deux mois pour se prononcer. Une fois le visa obtenu, la personne concernée dispose de trois mois pour entrer en Espagne, puis d’un mois pour demander sa carte de résident (TIE).
Une précaution : tous les documents étrangers devront être traduits en espagnol et légalisés ou apostillés, sous peine de voir la procédure bloquée.
Réunir sa famille en Espagne n’a rien d’un parcours improvisé. Mais pour ceux qui tiennent bon, la perspective de retrouver ses proches au cœur de la péninsule ibérique donne à chaque démarche son sens, loin des chiffres et des formulaires. À l’arrivée, c’est l’histoire d’un nouveau foyer qui commence.



